Le massage français aux influences de la Révolution française

Les influences de la Révolution française sur la création du massage français.

Je vais tenter de vous présenter ce massage qui officie à la réussite de mon établissement à Paris depuis plusieurs années et instaure cette si nouvelle, si forte perspective qui s’installe entre deux corps, masseur(se)/massé(e), perçu autrement et que je nomme massage français.

Quelle est la pertinence de cette technique, sa validité, sa force, son histoire ? Sa pertinence est celle de l’impérieuse nécessité pour un pays de l’envergure de la France de disposer des outils rendant corps à tout ce que sa culture a su sublimer au travers de l’art du vin, de la gastronomie, de l’architecture. Mais un terroir sans corps est un pays sans hommes alors que ce sont nos mains, nos bras, nos jambes qui ont officié à tout cela. Masser, c’est aussi bâtir des cathédrales, le massage est aussi une histoire politique, la Révolution française n’est pas sans rayonnements qui ne soient capables de réchauffer dans ses mains, une femme, un homme, un vieillard, un fou, un enfant. Et bien justement, l’histoire de ce massage français part de la Révolution française qui établit le renversement des dogmes pour l’avènement d’un corps social pourtant pauvre et analphabète appelé à devenir bouillonnant, érudit. Dans cette optique, peut-on persister à masser comme il y a dix siècles en Chine, sachant que je ne suis ni chinois, ni un contemporain du XIème siècle ?

"Politiquement cela s’est traduit par l’éviction de la monarchie, d’un roi qui disait : "Nous", en se substituant au peuple jugé incapable de penser par lui-même, pour proposer à la place, l’idée révolutionnaire qu’être soit, chacun et multiple dans un Contrat social était l’avenir commun."

Ce Nous enfermait, excluait ceux au nom desquels ont parlait sans jamais les consulter alors que paradoxalement l’individualisme du "Je" qui semblait un appauvrissement de la force collective devenait une force en amenant des serfs à devenir des hommes, des illettrés à devenir des sachants progressivement amenaient à penser Je tout en constituant un Nous autour d’une identité nationale comme la France."

Tous les hommes demeurent libres et égaux en droit mais quoi, peut-on nous demander d’intégrer politiquement ce que nous nous refusons corporellement ? Doit-on masser à des fins thérapeutiques et jamais à celles plus abouties de la compréhension globale de notre personne physique par laquelle passe la perception concrète de soi ?

Quand le citoyen est amené à penser par lui-même, il faut s’attendre à ce que son corps s’émancipe à son tour et exige de nouvelles prérogatives comme l’illustrera bien l’histoire de la mode, du naturisme et de l’hygiène. Moi, corps vivant, ne suis-je pas plus complexe, biologiquement, que toutes vos institutions politiques ? Le peuple devient hommes et ceux-ci égaux les uns vis-à-vis des autres, donc quide de moi, corps constituant ? Suis-je subordonné à vos révoltes culturelles ? Oui par l’emprise que vous consentez à d’autres d’avoir sur vous, mais non par la propension que vous avez à vous échapper des dogmes pour être libre des autres en souhaitant vous libérer vous-même. Le sexe, l’anus, aussi scandaleusement inaccessibles que le sont encore aujourd’hui en 2009 les trottoirs du Palais de l’Elysée, sont au mieux un racisme corporel, au pire un consensus mout, seulement ce sexe, cet anus sont parties de moi-même et exigent l’égalité de traitement. La marche des gueux est en route.

Lorsque toutes ces étapes sont passées, pouvait-il subsister un pénis-monarque dans cette assemblée du corps que constitue les organes siégeant en constante opposition avec un anus gueux et crotté symbolisant le peuple qu’il est sensé représenter ? L’art du massagese moque de ces disparités sociales, tout au plus retraduit-il dans ses techniques les limites culturelles que s’imposent ceux qui les édictent mais le corps lui, avec ses besoins si inextinguibles de contacts au point de payer pour cela, se fiche de ces différences.

Seulement peut-on masser le sexe sans risquer la confrontation avec la sexualité ? Je répondrai, peut-on gouverner sans risquer la confrontation avec le peuple ? Cet argument est celui du XVIIIéme lorsque le peuple était considéré comme une bête sauvage alors que le « risque » de « confrontation » est devenu la chance d’un dialogue ?
Peut-on toucher à l’anus sans circonvenir aux règles de bienséances ? La réponse est non. Sexualité et règles de bienséances volent en éclat dans la façon dont elles se sont construites l’une par rapport aux autres mais pour se reformer avec davantage de justesse. S’essuyer après une douche ce n’est pas souhaiter extirper toute trace d’eau dans son corps sinon, à quoi ressemblerait-il ? Assécher la sexualité du corps et vous aboutirez à la même incompatibilité du vivant. Le sexe est vitalité comme l’art est expression mais si parler est un art poussé jusque dans les limites de la poésie, du slam, de la lecture, nos mots au quotidien redeviennent instruments de communication communs à tous.

De même pour le sexe, si l’amour, la baise brutale ou un bouquet de fleurs sont des formes évoluées de sa dialectique, notre vie de tous les jours sexuée jusque dans nos vêtements, ne se traduit pas en permanence par un coït. La place qu’à la sexualité dans le massage français n’a guère plus d’affinité élective avec le sexe à proprement parler, outre le fait qu’on l’a domicilié un peut trop immuablement à son implantation géographique en allant jusqu’à confondre par le mot, l’organe et la pratique, mais cela n’est pas l’expression de sa nature mais bien celle dévoyée des hommes qui se l’interdisent au point de vouloir la règlementer. Nous ne faisons que revenir à nos fondamentaux corporels et dire dans sa forme actuelle, le massage français est la plus moderne façon d’alléger son passif en le replaçant dans son contexte de corps en demande de relaxation. Faut-il que cela évolue sur de la sexualité sous prétexte que jouir est naturel et que l’envie est là ? C’est Michel Onfray qui a merveilleusement vulgarisé le concept de l’impératif catégorique de l’hédonisme par le jouir et faire jouir à ceci près qu’il parle bien de l’individu et non du professionnel, et qu’installer la sexualité dans une profession c’est s’exposer au mal-être sociale alors que tout à l’heure nous parlions au travers du massage français d’Art. Mais nous y reviendrons plus en détail.

Avec le sexe et l’anus nous avons là les deux opposés comme sur une tapisserie médiévale où le Roy est brodé grand et le serf bien petit mais il ne faut pas oublier le petit peuple du corps, les genoux, les creux poplités, les doigts des mains, des pieds, les lèvres, la raie des fesses, les bourses des garçons, le mont de vénus des femmes, les aisselles, les poils, les grains de beauté, tous rassemblés sous les fenêtres de ceux qui les portent sur eux au quotidien tout en leur laissant leur statut de gens de peu. Le massage français, c’est quitter l’aristocratie des idées reçues pour celles plus novatrices des idées reformulées au gré d’un corps changeant, bébé, enfant, adolescent, adulte, vieillard et pourquoi pas homme mort. Tout masser pour être entier sous l’égide d’une éthique qui n’est plus ici l’expression morte des dogmes anciens érigés en valeur par ceux qui nous l’imposent mais la forme la plus évoluée de la pensée au service d’un métier réfléchi par chacun.

Ainsi avez-vous les grandes lignes de la place qu’à prise la Révolution française dans le cheminement du massage du même nom, en installant subrepticement un nouveau rapport d’intelligence entre le corps devenu enfin entier et un massage émergeant nourrit au plus intime de lui-même par les couleurs de sa culture d’élection.

Alain Cabello P/O le CFDRM

samedi 10 octobre 2009 , par CFDRM, Centre Français de Documentation et de Recherches sur les massages

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Administratrice du site : Fanny Sylvestre

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